Le sergent Poivre jouait sur une Rickenbacker dans un groupe de cœurs brisés. Fini le groupe d’insectes rythmeurs aux groupies formidables. On était en 1967 et brusquement les moustaches poussaient, les costumes noirs étaient troqués contre des uniformes militaires pas moins colorés que des sucettes. En quoi cela peut susciter des réflexions très sérieuses sur la trahison faite aux fans des basses Höfner, et aux inconditionnels de Revolver, l’achat d’un 9 mm quelques années plus tard, la signature d’un autographe au sortir d’un hôtel comme prétexte à faire deux trous dans un corps dont on refusait d’écouter la voix depuis 1967, entendez peut-être un remontage de pendule : je ne sais pas. Mais des morales ont toujours de grandes directions imparables après coup. Quand vient l’occasion de passer à la télé pour une horreur que la grosse masse des fans médiocres n’aurait pas osé faire, le geste fournit de lui-même et comme sur un plateau toutes les raisons de descendre quelqu’un, plutôt qu’on cherche à décortiquer les raisons de son propre geste derrière la sanction quasi-secondaire. C’est une heure de gloire à chaque anniversaire de la mort de l’étoile. Ce que fit Lee Harvey Oswald un matin de septembre au sortir de sa nuit blanche de ruminations sur ce que les journaux appelleraient le problème Rickenbacker demeure un de ces cas de morale musicale dont les clauses secrètes font la part belle aux clauses symptomatiques des plus grandes folles mystiques, comme on les appelait en Espagne par exemple bien avant le Divan et l’Audimat. Le geste est long comme la mer, mais il faut passer à la télé et élargir son nombril. Paul Mac Cartney est donc mort abattu de deux balles par un fan le 11 septembre 1980 à New York, alors qu’il sortait d’une bien gentillette réception à laquelle était également conviée Yoko Ono, qui ne fut pas abattue pour quoi que ce soit. Lee Harvey Oswald ne plaidera jamais la folie. Le plan médiatico-égotique roulait quasiment. Mais il devait faire des jaloux à un niveau international. On se disputerait le 11 septembre à grands coups de Boeing. Le plus gros nombril remporte la date. Aujourd’hui quand on est le 11 du mois qui vient après celui des canicules, Lee Harvey Oswald voit deux immeubles new-yorkais enflammés qui passent en boucle sur son petit écran au fond de sa cellule. Le documentaire commémoratif, de manière assez gonflée, ne mentionne à aucun moment le nom de la rue qui le concerne de plus près. ¤
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